Jean-François Giret (CEREQ, Marseille) Philippe Lemistre (LIRHE, UT1, Toulouse)
Abstract
De nombreuses recherches ont mis en évidence l’existence en France d’un déclassement massif des jeunes diplômés sur le marché du travail. La comparaison de deux enquêtes du Céreq sur les sortants du système éducatif en 1992 et 1998 met en évidence un résultat apparemment contradictoire si l’on prend en compte deux mesures du déclassement : des jeunes sortis en 1998, qui sont plus déclassés s’estiment au contraire moins déclassés que ceux sortis en 1992. L’hypothèse que nous avons privilégiée pour expliquer cette apparente contradiction a été celle d’une intériorisation de l’évolution de la norme : les jeunes sortis en 1998, plus nombreux à être diplômés, se sont jugés moins déclassés en se comparant à l’ensemble des diplômés de leur génération. Cette hypothèse s’inscrit clairement dans une optique de filtre où les diplômes se dévaluent lorsque leur nombre augmente. Les jeunes prennent plus ou moins conscience de cette dévaluation en l’intériorisant, dès lors qu’un grand nombre d’entre eux se trouve sur le marché du travail dans la même position professionnelle, même si elle est inférieure à celle des générations précédentes. Nos résultats montrent que la baisse du sentiment de déclassement dépend en partie de l’évolution « du rang » du diplôme au sein de la hiérarchie des titres scolaires.
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