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Abstract
Les avis de l'Autorité polynésienne de la concurrence (APC), en particulier ceux résultant d'autosaisines de l'institution, donnent lieu depuis l'origine à des polémiques. Certes, leur fonction supposée est d'éclairer les décisions publiques et d'animer le débat, mais cela dépend largement du sérieux des analyses proposées. Or, c'est là que le bât blesse avec la dernière production de l'APC. L'APC aime la communication et le sensationnel, à l'instar des médias qui reprennent sans distance des chiffres effrayants sur les hausses de prix des produits alimentaires et sur les marges des distributeurs. Mais l'institution gagnerait en crédibilité en remettant ces chiffres en perspective et en essayant d'adopter une approche plus scientifique, alors qu'elle privilégie pour l'instant les raccourcis démagogiques, plus médiatiques. Partant du constat déjà bien connu selon lequel les prix moyens sont en Polynésie française supérieurs de 38 % à ceux de métropole, l'APC tente d'analyser les raisons de cet écart. Le diagnostic devrait commencer par des données statistiques claires et indiscutables. Un sujet d'inquiétude porte notamment sur les marges, « pointées du doigt par l'APC », qui seraient affreuses et très certainement responsables de la vie chère. Le grand public risque naturellement d'interpréter cela comme l'existence de profits exorbitants, mais la réalité économique est bien plus complexe et mériterait une meilleure pédagogie, afin d'éviter amalgames et erreurs d'interprétation. Il s'agit tout d'abord de « marge commerciale », c'est-à-dire d'écart entre les prix d'achat et de vente par le distributeur. Ces marges ne sont donc pas des bénéfices, mais incluent les coûts : salaires, logistique, stockage, locaux, électricité, etc. Les marges brutes ne nous apprennent donc rien sur les marges nettes et, avant de pousser de hauts cris sur les commerçants, il faudrait de l'information supplémentaire. Par ailleurs, le taux avancé de 44% concerne la marge commerciale agrégée des importateurs et des détaillants. Un tel taux global est tout à fait comparable à ceux pratiqués en métropole, une fois tenu compte de la taille moyenne des commerces, comme en atteste les publications de l'INSEE.
Suggested Citation
Florent Venayre, 2019.
"Encore un avis discutable de l'APC,"
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