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Expertise sur la durabilité : l'enjeu du partage des pouvoirs

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  • Hélène Blanc

    () (UBO - Université de Bretagne Occidentale [Brest] - UBO - Université de Bretagne Occidentale)

Abstract

A partir de l'analyse de la récente " affaire Séralini " sur le maïs transgénique NK 603, nous étudierons les limites et les dangers du système d'expertise. Notre propos n'est pas de trancher un débat en toxicologie pour lequel nous ne sommes pas compétente, mais bien de comprendre, les enjeux de l'expertise aujourd'hui, notamment en termes de processus de prise de décision démocratique. Nous expliciterons dans un premier temps, le rôle et le statut de l'expert actuellement (O. Godard, 2012) et en quoi la polémique autour de l'étude de l'équipe du Pr. Séralini met en évidence des limites du système d'expertise tel que nous le connaissons en France. Les interrogations fondamentales ont en effet porté sur la transparence, l'indépendance des experts et la difficulté à mettre en œuvre une expertise contradictoire. Deuxième " leçon " de cette " discussion " autour de l'étude de G.E. Séralini et de son équipe : le débat a eu lieu essentiellement entre experts et a montré une nette suprématie de l'expertise scientifique (au sens des sciences dites " dures "). Assez peu de contributeurs issus des sciences humaines ont pris part au débat. Or, cette question des OGM, comme le rappelle C. Villani, 2012 dans son audition devant l'Assemblée Nationale, relève de choix de société fondamentaux plus ou moins écologiquement soutenables. Cette " affaire Séralini " et son traitement met particulièrement en évidence le paradoxe soulevé par J. Ellul sur ce qu'il qualifiait de " système technicien " : nous allons chercher des solutions techniques à des problèmes nés de la technique elle-même (J.L.Porquet, 2003). La très grande spécialisation des savoirs conduit à réduire le nombre de personnes compétentes et donc légitimes à débattre. Or les questions posées par la durabilité sont de nature essentiellement transversale et nécessitent donc une participation large des scientifiques d'autres disciplines mais également des " profanes ". Les choix effectués auront des répercussions importantes sur la manière de vivre ensemble. Fonder ces décisions sur la seule expertise, fut-elle contradictoire, transparente et indépendante, laisse en dehors du débat les parties prenantes, les utilisateurs des innovations. Se pose alors la question de l'autonomie des individus face à ces nouvelles technologies, ces nouveaux " outils " pour reprendre l'expression d'Ivan Illich (1973). Etre dans l'obligation de faire confiance aux experts révèle cette perte d'autonomie. L'expertise donne au savoir scientifique une supériorité face aux autres modes de connaissances et l'outil n'est plus maîtrisé par l'homme, ce dernier devenant, dit I. Illich, son " esclave ". Cette problématique de l'autonomie, fondement d'une " société conviviale ", impose une reconsidération du rôle de l'expertise. Quels processus de décision plus démocratiques peuvent donc être mis en place pour éviter de donner un pouvoir excessif aux experts ? L' " affaire Séralini " nous donne, si besoin en était encore, une nouvelle illustration que des intérêts contradictoires existent face aux solutions techniques proposées. Ces débats sont particulièrement vifs par rapport aux solutions à apporter aux problèmes environnementaux et à la crise écologique. Le consensus de la communauté scientifique et des experts, très peu probable pourtant, ne suffirait pas à faire de facto de la solution technique une solution socialement acceptée et acceptable. La société évolue par des compromis institutionnels et ceux-ci sont façonnés à partir d'intérêts conflictuels. Les anciens institutionnalistes américains comme J.R. Commons ou T. Veblen apportent un éclairage important sur ce point en analysant la dynamique institutionnelle et en distinguant le pouvoir unilatéral d'un groupe (contrôle social) et le contrôle des pouvoirs, la maîtrise sociale (L. Bazzoli et V. Dutraive, 1995 ; L. Bazzoli, 1999). Ces compromis démocratiques ne peuvent émerger qu'à partir de médiations politiques ou juridiques à construire. Là réside un enjeu fondamental pour le chercheur en SHS.

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  • Hélène Blanc, 2013. "Expertise sur la durabilité : l'enjeu du partage des pouvoirs," Post-Print hal-00831494, HAL.
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    expertise; maîtrise sociale; contrôle social; autonomie; système technique;

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