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Mondialisation : formation d'une pensée unique? Une approche formalisée du pouvoir

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    Mondialisation, globalisation, internationalisation autant de concepts qui ont leur signification propre, même si la frontière de démarcation est souvent floue. Le propos ne sera pas d'en faire l'exégèse ni d'en préciser le contenu mais de considérer, au départ, le phénomène économique qui intensifie l'articulation des économies nationales entre elles (internationalisation) dans un processus dont le contrôle échappe de plus en plus aux autorités nationales qu'elles soient politiques ou économiques pour se fondre dans des ensembles transnationaux - firmes transnationales ou institutions internationales - (globalisation) et ce à l'échelle mondiale (mondialisation). Pour faire bref, je qualifierai ce phénomène de mondialisation. La libre circulation des biens, des facteurs de production, capital et travail, des produits financiers et de la technologie au plan international sont à la base des voies essentielles de transmission des idées. Cette transmission est d'autant plus rapide, performante, durable et persuasive qu'elle s'appuie sur une révolution technologique sans précédent dans les télécommunications. La formation des idées et de la pensée est donc largement tributaire du réseaux mondial ainsi constitué. Elle est d'une part directement contrôlée et alimentée par les firmes transnationales de télécommunication totalement intégrées au système évoqué. Celui-ci, d'autre part, crée un jeu d'influence dont il convient d'analyser l'impact sur l'autonomie de la pensée. L'individu ou les sous-ensembles sociétaux, tels les Régions, les Etats ou toute organisation humaine caractérisée par une adhésion à un référentiel de valeurs et à une culture commune ont-ils encore la possibilité de sauvegarder leur identité dans la diversité? Ont-ils encore un pouvoir de décision réel et durable pour leur choix de consommation, du cadre de vie , du lien solidaire, de la politique économique et du substrat philosophique et moral qui doit inspirer l'Institution sociale au sein de laquelle ils vivent ou qu'ils sont censés diriger? Le problème n'est pas ici de juger ni d'arbitrer les opinions des uns et des autres, Mais force est de constater que la mondialisation de l'économie a constitué un réseau déterminant de transmission de l'influence pour l'évolution du monde. La question méthodologique qui se pose est double: quelle est l'influence transmise et comment celle-ci évolue-t-elle en raison même du réseau constitué en admettant d'emblée que ce réseau, s'il est économique, n'est pas seulement constitutif d'une transmission d'influence économique, telle la formation des prix, la répartition des marchés, la localisation des investissements, mais constitue aussi, aujourd'hui, le principal cheminement des idées surtout lorsqu'il s'agit de l'organisation économique et sociale. Dès lors ce qui est transmis ce sont des "opinions" et la question que je souhaite éclairer en me basant sur des travaux antérieurs (Gazon, 1981 et 2000), c'est l'évolution des opinions des agents, considérées comme généralement différentes au départ, en raison de la structure du réseau vu comme une relation de pouvoir où les agents se servent de leur capacité d'infléchir l'opinion d'autrui, chacun disposant d' une capacité de résistance de plus ou moins grande. Comment la structure de pouvoir va-t-elle déterminer l'évolution des opinions vers une opinion finale? Celle-ci, si elle existe, représente-t-elle un compromis accepté de gré ou de force par les agents? Quelle est la pondération des opinions initiales dans ce compromis final? Toutes les opinions initiales sont-elles prises en considération dans le compromis final? Au regard de la mondialisation de l'économie, les opinions initiales véhiculées par ses acteurs sont souvent caractérisées par l'adhésion à l'économie de marché. Terme impropre, car les firmes transnationales recherchent avant tout l'anéantissement de la concurrence. Le terme "laisser faire" est plus adéquat car ce concept de la liberté d'entreprendre contient en lui-même les deux composantes essentielles de mon propos: l'initiative comme opinion initiale et la possibilité d'user et d'influer la structure de pouvoir pour asservir d'autres agents. Les questions qui viennent d'être posées s'appliquent donc à la relation conflictuelle entre les tenants du "laisser faire" et ceux qui défendent éventuellement une organisation alternative. Quelles sont en conséquence les risques pour qu'un compromis final instaure une pensée unique dans le cadre du processus de mondialisation de l'économie? Je me propose de présenter les principaux résultats d'une analyse formalisée de la structure de pouvoir définie comme un ensemble de trois concepts: le support constitué d'agents formulant une opinion mesurable, par exemple un degré d'adhésion à une certaine idéologie, une relation de pouvoir inhérente au support qui précise qui influence qui et une application fonctionnelle sur la relation de pouvoir qui montre comment l'opinion est transmise d'un agent à un autre en vue de modifier cette dernière. La structure de pouvoir ainsi précisée, qui peut donc résulter de la structure économique établie par la mondialisation, va déterminer la manière dont les opinions évoluent sous influence pour éventuellement réaliser un compromis unanimement accepté même s'il n'est pas souhaité par tous. Certaines structures répartissent le pouvoir pour qu'un compromis soit immédiat ( équilibre de la terreur, accord de prix en oligopole), d'autres lorsqu'elles sont fortement connexes, c'est à dire lorsque chaque agent influence significativement directement ou indirectement les autres aboutissent à un compromis après un certains nombre d'étapes de négociation, ce compromis étant une pondération, éventuellement très inégale des opinions initiales. L'existence de plusieurs compromis est d'ailleurs possibles . Alors l'adhésion par des sous-ensembles d'agents versatiles est cyclique. Enfin la structure de pouvoir de dictature, qui postule une relation de domination des agents de base sur des agents secondaires incapables d'influencer en retour les agents de base, conduit à l'impérialisme c'est à dire à un compromis final imposé qui ne tient compte que de l'opinion initiale des agents de base. S'il existe plusieurs classes d'agents de base qui ne s'influencent pas mutuellement, l'opinion finale des agents secondaires sera constituée d'une pondération de l'opinion finale des classes d'agents de base. Cette formalisation du pouvoir démontre le caractère désuet et la pauvreté des raisonnements économiques fondés sur la rationalité de l' "homo economicus" agissant en toute autonomie. Elle soustend par contre les fondements de ce que l'on pourrait appeler l' "homo socialis" comme unité de décision. La structure de dictature est sans aucun doute celle instaurée par la mondialisation. Elle caractérise en plus de façon pertinente les relations Nord-Sud , la domination du Tiers Monde et la perte relative de l'autonomie régionale. Par ailleurs, depuis la disparition du monde communiste, on peut considérer qu'une seule classe d'agents de base opère, celle du monde occidental sous leadership américain, transmettant la pensée du "laisser faire" qui s'instaure comme pensée unique. Lorsque le monde était bipolaire, l'alternative pour les agents secondaires dominés était multiple même si les choix n'étaient pas toujours facilités par la structure de pouvoir: adhérer à l'une ou l'autre opinion de base, capitalisme ou communisme, ou encore intégrer l'influence des deux pour donner naissance, par exemple à la sociale démocratie européenne. Aujourd'hui, dans l'attente de ce que deviendra la Chine, qui semble pourtant s'intégrer à la pensée économique dominante, quelles sont les possibilités d'atténuer cet impérialisme? Il faut d'abord supposer qu'il existe une masse de gens suffisamment influents au plan économique qui, bien que subissant la pensée unique, sont décidés à s'y opposer car n'oublions pas que la mondialisation est aussi source de développement et de bien-être et peut, à terme, contribuer à lisser les inégalités spatiales au niveau du monde. L'Europe, certes intégrée à la classe des agents de base dominée par les Etats-Unis, peut avoir un rôle essentiel à jouer pour maintenir une diversité critique de la pensée. Si elle est à même dans la structure de pouvoir de faire contrepoids à l'idéologie du "laisser faire" incarnée par les Etats-Unis, les multinationales et la plupart des Institutions internationales, en faisant valoir un référentiel de valeurs différent, elle peut, à travers la structure de pouvoir mise en place par la mondialisation, diffuser dans le monde une pensée plus nuancée quant à l'organisation économique et sociale. En fait, le problème est de modifier la structure de pouvoir mais ce n'est pas aisé pour des agents secondaires, comme la Chine, l'Inde et le Tiers monde en général, ainsi que pour les citoyens occidentaux désireux d'un autre système. Comment, retrouver de l'influence sur le dominant lorsqu'on est dominé? La seule issue probable est la menace crédible aux yeux du dominant de refuser le dictât existant. Si elle est crédible, et elle l'est probablement si elle émane de l'Europe et de la Chine, cette menace peut infléchir l'opinion de la classe dominante car celle-ci peut avoir intérêt à composer aujourd'hui pour maintenir et étendre sa dominance demain à l'entièreté du monde, fût-ce en imposant une opinion tenant davantage compte de la spécificité des agents en menace de rupture.

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    Paper provided by University of Liège Faculty of Econonomics, Management and Social Sciences Department of Economics Service of International and Interregional Economics in its series SEII Working Papers with number 010602.

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    Length:
    Date of creation: May 2001
    Date of revision:
    Handle: RePEc:sei:seiiwp:010602

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    Postal: Boulevard du Rectorat, 7 (B31-b9) 4000 Liège (Sart-Tilman) Belgium
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    Fax: ++32/(0)4/3663120
    Web page: http://www.egss.ulg.ac.be/EconomieInternationale
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